PUDEUR ET PUDIBONDERIE

Anne-Claire Coudray, au Journal de 13h00 sur TF1, a porté une robe trop moulante qui laissait deviner la forme de ses mamelons. Scandale. La pression fut telle que la journaliste a dû récemment s’excuser publiquement. «C'était une question de matière de robe et j'en suis vraiment désolée, espérant que les gens n'ont pas été choqués. » A-t-elle dû justifier. Anne-Marie Revol, la présentatrice de Télé Matin sur France 2 est apparue à l’écran avec son décolleté flouté. Elle se serait elle-même auto-censurée au montage pour éviter les ennuis. Il est vrai qu’en France, l’exemple vient d’en haut. Jean-François Copé (le président de l’UMP) est récemment parti en croisade contre un livre pour enfant « Tous à poils » qui présente de façon humoristique la question de la nudité aux plus jeunes. Il a dit : «Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour ». 

Qu’elle est loin l’époque où la France passait pour un pays progressiste. Le retour du puritanisme prend une ampleur planétaire. On sait qu’il se répand dans sa forme la plus extrême dans la plupart des pays musulmans. Mais la pudibonderie a aussi largement contaminé les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, y compris la Belgique. Une émission télévisée flamande montre Elio Di Rupo qui change de chemise en été : on voit son dos dénudé pendant trois secondes. Horreur ! «  C'est le summum de l'indécence pour moi » s’exclame une chroniqueuse qui paraît plutôt d’opinion laïque. Certes, on peut critiquer une certaine "mise en scène" de la politique, mais voir un bout de peau de dos nu est-ce vraiment le summum de l’indécence ? Il ne faut pas confondre pudeur et pudibonderie. Par exemple, les parents devraient respecter la pudeur de leurs adolescents en les laissant seuls dans la salle de bain ou en frappant à la porte de leur chambre. Il existe aussi des lieux où un code vestimentaire est à suivre. Je trouve normal de ne pas rentrer dans une église, un temple, une synagogue ou une mosquée en bikini. C’est une question de respect. Mais les néo-conservateurs religieux et laïques traquent désormais partout les centimètres de peau dénudée à coup d’arguments soi-disant rationnels. Ainsi - comme du temps de Freud où l’on justifiait l’interdiction de la masturbation par des arguments médicaux - voilà que l’on raconte que le monokini provoquerait des cancers du sein. C’est évidemment une légende. Car même pour le mélanome, il n’est pas scientifiquement prouvé (en l’absence de coups de soleils répétitifs) qu’il soit dangereux de se promener ou de nager les seins nus. Les pudibonds de tous poils font aussi l’amalgame entre nudité et hyper-sexualité. Or, un corps dénudé n’est pas, en soi, une incitation à la débauche sexuelle. Les vestiaires mixtes de certains saunas de pays scandinaves (où hommes et femmes circulent nus) ne sont pas des lieux d’orgies débridées. Il y règne le plus grand respect pour l’autre. A contrario, certains pays du Golfe où la mixité et la nudité sont sévèrement prohibées, sont les plus grands consommateurs du monde de pornographie. Et les domestiques immigrées dans ces contrées y sont régulièrement violées en toute impunité. C’est la pudibonderie qui génère frustration et violence, pas la vision d’un mamelon, d’une jupe courte ou d’un dos nu. N’oublions pas qu’après les années folles aux mœurs plus libres et aux robes portées sans soutien-gorge, ont suivi les années dominées par un célèbre pudibond nommé Adolf Hitler. Le puritanisme est à combattre sans faiblesse, car il est un des premiers symptômes d’une maladie qui se nomme fascisme. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi …

Pascal De Sutter // osez une vie plus palpitante