COMMENT FAIRE CONFIANCE AUX EXPERTS QUI DÉCIDENT DE CE QUE NOUS POUVONS MANGER ?

 Une récente étude scientifique montre que certaines céréales OGM ainsi que l’herbicide le plus utilisé au monde contribueraient à l’apparition précoce de tumeurs chez des rats de laboratoire. L’émoi suscité est immense car ces produits se retrouvent – directement ou indirectement - dans notre alimentation quotidienne.

 

Par ailleurs, le Professeur Séralini, qui a dirigé cette étude, s’étonne que « les agences sanitaires n’ont jamais exigé des industriels une étude de toxicité de longue durée ». En outre, il laisse entendre que de nombreux chercheurs et décideurs politiques prennent des décisions sous l’emprise des différents lobbies industriels. Ces derniers contre-attaquent en critiquant l’étude du Professeur Séralini qui aurait été elle-même influencée par des opinions anti-OGM.

 

Qui croire ?

Comme j’ai l’occasion de côtoyer de près certains "grands" chercheurs scientifiques, je peux observer la façon subtile dont certains manipulent – consciemment ou inconsciemment – la présentation de leurs résultats. La plupart d’entre eux sont des gens parfaitement honnêtes, mais ils sont aussi parfaitement humains. Or, le psychologue que je suis, sait qu’il est humainement impossible d’être exempt d’opinions, de préjugés, d’ambitions ou d’autres facteurs qui parasitent l’analyse des données obtenues. Certes, il existe toute une série de règles scientifiques sévères (comme par exemple les comités de lecture des revues scientifiques) qui tentent de limiter cet effet. Mais pour un chercheur scientifique expérimenté, il est assez aisé de contourner ces règles. 

 

On met souvent en avant les énormes sommes d’argent en jeu dans les recherches financées par les grandes multinationales. Et il est vrai que les lobbies industriels savent se montrer très généreux avec les "grands experts" qui travaillent pour eux. Cependant, l’argent n’est certainement pas la seule motivation à biaiser ses conclusions. Même l’étudiant bénévole menant un mémoire de fin d’étude a habituellement envie d’obtenir un résultat plutôt qu’un autre. Il me semble donc préférable de renoncer à l’idée qu’une étude scientifique puisse être totalement neutre, objective et indépendante.

 

Faut-il pour autant rejeter les études scientifiques ? Certainement pas ! Ce sont les progrès de la science qui ont fait reculer les superstitions, les croyances irrationnelles et les préjugés idiots. C’est le travail long et obscur de certains scientifiques qui a permis les extraordinaires avancées de l’humanité et qui contribue encore à améliorer notre qualité de vie. 

 

Le problème n’est pas à chercher dans la "vérité" ou le "mensonge" des études scientifiques. Elles ne devraient être considérées que comme un éclairage sérieux et précis sur une question. Rien de plus, rien de moins. Le problème ce sont ces lobbies industriels surpuissants qui utilisent les études scientifiques à leur convenance pour faire pression sur les décideurs politiques. Ce ne sont pas la science ou la conscience qui autorisent ou n’autorisent pas la commercialisation d’un produit. C’est la puissance financière et/ou politique d’un lobby qui emporte la décision. 

 

 

Je crois que cela devrait changer. Pour des questions importantes pour notre santé, il conviendrait de soumettre tous les résultats divergents des études scientifiques au public. Des experts "pro" et "anti" auraient un temps de parole médiatique équivalent pour informer la population. Ensuite un référendum donnerait aux citoyens le choix d’autoriser ou non certains produits à la consommation. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter // osez une vie plus palpitante